lundi 31 décembre 2007

Perceptions



Tout est dans l’oeil de celui qui observe dit-on.

Certaines personnes réagissent différement lors d’événements même anodins du quotidien et parfois, si on se permet un peu d’imagination en changeant quelques données du scénario, notre perception peut aussi changer.

Les possibilités d’imbroglio sont multipliées pour un couple gai puisque d’autres facteurs, disons d’ambiguité, entrent en ligne de compte. À preuve, ces deux anecdotes qui nous sont arrivées à JP et à moi dernièrement :

Perception 001 : L’esprit du mâle

Depuis plusieurs mois, nous tentions de faire diminuer le nombre de décibels de la musique de la discothèque voisine. Pour enfin retrouver un sommeil normal à des heures normales, nous avions entrepris les démarches nécessaires pour se faire entendre auprès des autorités. Le spvm (Service de Police de la Ville de Montréal) nous ayant suggéré de faire appel à leurs services lorsque nécessaire, nous avons demandé ce soir là que des agents viennent constater le problème de chez-nous pour qu’ils puissent ensuite se rendre chez nos voisins pour y remédier.

Arrivèrent chez-nous un agent et sa collègue. Après avoir discuté du problème, nous leur avons mentionné que le son provenait surtout de l’arrière et que pour bien comprendre, ils pouvaient venir constater à partir de la chambre des maîtres. Malaise garanti dans le regard du policier qui arrivait chez un couple gai du village et qui était visiblement secoué dans son image virile. Ce fût l’agente (une petite dame sympatique et mignonne) qui, en s’excusant pour les planchers et la neige sur ses bottes, qui me suivit vers la chambre à coucher.

Arrivée dans la chambre, elle s’arrêta un instant et me dit : «Vous avez un beau couvre-lit !». Surpris par ce qui aurait pu être perçu étrangement comme une avance, je bafouillai un «merci» timide.

Elle désamorça la mini-bombe en affirmant : «J’ai le même chez-moi». Ouf ! On parlait décoration ! Ce fût un plaisir, en bon gai, de lui lancer un «ouais, on est très Ikea !». Cas réglé. Son entendu. Discothèque prise en défaut. Tout le monde repartit avec l’orgueil intact.

Le lendemain, en jasant autour d’un verre avec notre amie Y, nous nous sommes bien bidonnés en imaginant un changement d’acteur. Je vous laisse faire l’exercice en imaginant que le policier «garçon» m’ait suivi dans la chambre et que de la même manière m’aurait dit : «Vous avez un beau couvre-lit !».

Effet très étrange garanti.

À faire exploser l’ambigü-ô-mêtre.

Perception 002 : Parlant d’Ikea...

Hier : Journée de magasinage extrême ! Course contre la montre pour profiter au maximum de la voiture de Communauto que nous avons loué, nous n’avions pas eu le temps de manger et étions en ligne à la caisse chez Ikea (on est vraiment très Ikea...) Je vois le comptoir à hot-dogs au delà des caisses et avec un élan 0% subtil, je me garroche vers l’oasis aux couleurs de la Suède.

J’ai la sensation du «brosseux» sur le lendemain de veille qui a un trip bouffe intense et qui vient de voire Sainte-Poutine qui l’attire vers sa lumière. Je pense évidement à mon chum qui est en ligne pour la caisse et qui doit aussi avoir faim. J’achète deux hot-dogs et une boisson gazeuse.

Avec un esprit de survie en plein éveil et avec le «shake» du gars en hypoglycémie je réussit avec peine à mettre moutarde et ketchup a coups de pompe des #*!°...&*! de distributrices. Je m’en retourne avec JP et dépose les hot-dogs dans le panier et j’entreprends de finir de garnir la chose avec la relish en sachet que je vide sur la saucisse et que j’étends avec mon doigt.

«Maudit colon !» me dis-je en moi même, j’ai tellement l’air sur le lendemain de veille (pourtant je ne le suis pas vraiment) les autres personnes en ligne doivent me trouver bordélique et paysan... mais pas JP. Sa perception à lui est tout autre : On est un ti-couple de tapettes chez Ikea. Perception opposée à la mienne qui faisait abstraction de la notion de couple pour ne voir que deux chums de gars qui s’empiffrent avec de la junk.

Sa perception était tout à fait Xanadu. Je lui apporte son ti hot-dog, le garnis avec mes doigts et on partage le même verre de Pepsi. Une tite tappe sur la fesse avec ça ma pitoune ? Sa seule consolation fût ma réaction quand il me dit que j’ai «fait des mottes» avec le ketchup et la moutarde. Ce à quoi je répondis «Non mais t’as tu vu leur câlisses de machines toé ? T’as juste à prendre une napkin pis en enlever !» Honneur du tapette qui veut conserver sa virilité presque sauvegardé par un sacre lancé sur un ton masculin la bouche pleine de saucisse.

La perception de la scène fût probablement totalement différente pour les 5 ou 6 personnes qui l’ont observée en attendant pour payer.

Mais malheureusement, on ne saura jamais leur version...
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dimanche 2 décembre 2007

La Mandolise

Dans le monde bourgeois il existe un objet décoratif très prisé. Je parle ici de la potiche.

Certaines potiches peuvent décorer une maison de leurs formes rondes et leurs ornements d'emeraude, faisant raconter à leurs motifs délicats, toutes les histoires divines des temps anciens.

D'autres, avec la blancheur de la porcelaine, peuvent orner un coin de pièce, telle une déesse grecque, l'anse pointant le ciel comme un toast éternel aux habitants d'une demeure chaleureuse.

La potiche que j'ai eu la chance d'admirer n'est pas que décorative, elle est utile. On l'appelle la Mandolise.

Avant tout récipient à alcool pouvant contenir des litres et des litres de vin, la Mandolise, telle une amphore sans fond, fait office de cellier, se fondant à tout décor avec style.

Assez solide pour l'enfourner, les moules vapeur y cuisent à merveille, laissant échaper un fumet enjoleur rappelant les sept mers. Elle charme quiconque passe le bras à son anse et nul propriétaire de Mandolise ne peut se départir de sa potiche si belle et enjoleuse.

Il paraît que la dépendance à cet objet utile et décoratif pourrait être expliquée par la légende entourant la Mandolise.

Les livres racontent qu'un soir de festin du temps des fêtes, quelque part à Montréal, une belle dame aux courbes invitantes et aux yeux d'émeraude nommée Lise recevait les deux fous du village à sa table et avait cuisiné pour l'occasion les fruits que les vents favorables avait permis aux pêcheurs de rapporter de La Mer.

Cabotins et insouciants, les deux gais pinsons avaient fait boire à la belle dame à la peau de porcelaine un vin causant une ivresse telle que son esprit s'était embrouillé. Voulant a tout prix être utile tout au long de la soirée, elle faisait la conversation à ses convives dans tous les coins de la maison, verre à la main, racontant les histoires divines des temps anciens et portant des toast à la vie elle même.

Mais voilà qu'au cours de cette réception des plus réussies, la femme à la peau de porcelaine, ivre de tout le vin qu'elle contenait se blessa sur une mandoline enchantée posée fortuitement sur la table par les deux fous étourdis.

On raconte que la vie de la belle quitta son corps comme du vin s'échappant d'une amphore renversée. Le sang coula de son doigt durant trois jours et trois nuit et couvrit les murs de sa maison de motifs de raisins couleur pourpre.

La déesse resta éternellement debout dans ce décor divin, blanche de sang vidé, tel un vase de porcelaine sur une tapisserie aux couleurs de royauté.

Jamais cette maison ne fût retrouvée, les deux fous ne pouvant expliquer à personne où se trouvait ce lieu magnifique, ce décor capiteux décapité créé par celle qu'on appela dès lors : la Mandolise.

Bon, cette légende est peut-être inspirée d’un accident bête lors d’un souper de moules entre copains mais la potiche existe vraiment. Elle travaille en communications et a de magnifiques yeux d’émeraude.

À toi Lise, je lève mon verre et je becque bobo..