
Tout est dans l’oeil de celui qui observe dit-on.
Certaines personnes réagissent différement lors d’événements même anodins du quotidien et parfois, si on se permet un peu d’imagination en changeant quelques données du scénario, notre perception peut aussi changer.
Les possibilités d’imbroglio sont multipliées pour un couple gai puisque d’autres facteurs, disons d’ambiguité, entrent en ligne de compte. À preuve, ces deux anecdotes qui nous sont arrivées à JP et à moi dernièrement :
Perception 001 : L’esprit du mâle
Depuis plusieurs mois, nous tentions de faire diminuer le nombre de décibels de la musique de la discothèque voisine. Pour enfin retrouver un sommeil normal à des heures normales, nous avions entrepris les démarches nécessaires pour se faire entendre auprès des autorités. Le spvm (Service de Police de la Ville de Montréal) nous ayant suggéré de faire appel à leurs services lorsque nécessaire, nous avons demandé ce soir là que des agents viennent constater le problème de chez-nous pour qu’ils puissent ensuite se rendre chez nos voisins pour y remédier.
Arrivèrent chez-nous un agent et sa collègue. Après avoir discuté du problème, nous leur avons mentionné que le son provenait surtout de l’arrière et que pour bien comprendre, ils pouvaient venir constater à partir de la chambre des maîtres. Malaise garanti dans le regard du policier qui arrivait chez un couple gai du village et qui était visiblement secoué dans son image virile. Ce fût l’agente (une petite dame sympatique et mignonne) qui, en s’excusant pour les planchers et la neige sur ses bottes, qui me suivit vers la chambre à coucher.
Arrivée dans la chambre, elle s’arrêta un instant et me dit : «Vous avez un beau couvre-lit !». Surpris par ce qui aurait pu être perçu étrangement comme une avance, je bafouillai un «merci» timide.
Elle désamorça la mini-bombe en affirmant : «J’ai le même chez-moi». Ouf ! On parlait décoration ! Ce fût un plaisir, en bon gai, de lui lancer un «ouais, on est très Ikea !». Cas réglé. Son entendu. Discothèque prise en défaut. Tout le monde repartit avec l’orgueil intact.
Le lendemain, en jasant autour d’un verre avec notre amie Y, nous nous sommes bien bidonnés en imaginant un changement d’acteur. Je vous laisse faire l’exercice en imaginant que le policier «garçon» m’ait suivi dans la chambre et que de la même manière m’aurait dit : «Vous avez un beau couvre-lit !».
Effet très étrange garanti.
À faire exploser l’ambigü-ô-mêtre.
Perception 002 : Parlant d’Ikea...
Hier : Journée de magasinage extrême ! Course contre la montre pour profiter au maximum de la voiture de Communauto que nous avons loué, nous n’avions pas eu le temps de manger et étions en ligne à la caisse chez Ikea (on est vraiment très Ikea...) Je vois le comptoir à hot-dogs au delà des caisses et avec un élan 0% subtil, je me garroche vers l’oasis aux couleurs de la Suède.
J’ai la sensation du «brosseux» sur le lendemain de veille qui a un trip bouffe intense et qui vient de voire Sainte-Poutine qui l’attire vers sa lumière. Je pense évidement à mon chum qui est en ligne pour la caisse et qui doit aussi avoir faim. J’achète deux hot-dogs et une boisson gazeuse.
Avec un esprit de survie en plein éveil et avec le «shake» du gars en hypoglycémie je réussit avec peine à mettre moutarde et ketchup a coups de pompe des #*!°...&*! de distributrices. Je m’en retourne avec JP et dépose les hot-dogs dans le panier et j’entreprends de finir de garnir la chose avec la relish en sachet que je vide sur la saucisse et que j’étends avec mon doigt.
«Maudit colon !» me dis-je en moi même, j’ai tellement l’air sur le lendemain de veille (pourtant je ne le suis pas vraiment) les autres personnes en ligne doivent me trouver bordélique et paysan... mais pas JP. Sa perception à lui est tout autre : On est un ti-couple de tapettes chez Ikea. Perception opposée à la mienne qui faisait abstraction de la notion de couple pour ne voir que deux chums de gars qui s’empiffrent avec de la junk.
Sa perception était tout à fait Xanadu. Je lui apporte son ti hot-dog, le garnis avec mes doigts et on partage le même verre de Pepsi. Une tite tappe sur la fesse avec ça ma pitoune ? Sa seule consolation fût ma réaction quand il me dit que j’ai «fait des mottes» avec le ketchup et la moutarde. Ce à quoi je répondis «Non mais t’as tu vu leur câlisses de machines toé ? T’as juste à prendre une napkin pis en enlever !» Honneur du tapette qui veut conserver sa virilité presque sauvegardé par un sacre lancé sur un ton masculin la bouche pleine de saucisse.
La perception de la scène fût probablement totalement différente pour les 5 ou 6 personnes qui l’ont observée en attendant pour payer.
Mais malheureusement, on ne saura jamais leur version...
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