En ce soir de pluie où l’astre blanc était éclipsé par une averse qui avait duré toute la journée, je partis prendre l’air dans Parc Séléné avec Kosmik, mon jumeau rencontré lors de ma transition entre la planète terre et Platès, alors que je n’étais pas encore redevenu matière. Une grande histoire d’infiniment petit où nos énergies se fusionnèrent pour créer une nouvelle réalité plus lumineuse, balayant l’ordre ancien et nous propulsant dans un monde quasi-irréel.
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31 mai 2008.
La nuit était noire... très noire. L’ambiance était dense et l’air lourd d’humidité. La pénombre se faisait ballerine gothique, laissant tomber des milliers de goutelettes d’ébène, qui, heurtant le béton gris, rebondissaient pour finalement terminer leur course étendues comme du goudron sur le sol déjà saturé de liquide noir. Même la diva ensoleillée Yava s’était mise à chanter le blues sur les trottoirs urbains entourant Parc Séléné.
Nous étions partis à la recherche d’influences spirituelles dans ce quadrilatère qui, le jour, était le refuge des musiciens et des poètes de Platès. Une torche bien allumée malgré l’humidité la couvrant partiellement nous guidait calmement dans cette atmosphère qui aurait pu paraître inquiétante mais qui ce soir là prenait une allure feutrée de velours noir laissant échapper des effluves à la fois exotiques et familières.
La pluie nous détrempait jusqu’à l’os et nos pieds avaient pris l’eau lors de nos détours sur les gazons du parc, guidés par la torche qui nous faisait découvrir un Parc Séléné tout à fait différent.
Nous lèvres mouillées se touchaient sans cesse, capiteuses et fraîches, les unes attirées par celles de l’autre, connectées par ce moment où rien ne pouvait affecter un amour épuré par une pluie confortable et sensuelle comme une musique italienne. De nos corps s’élevait une énergie puissante capable de transporter les désirs vers tous les capteurs de l’univers pouvant supporter la charge.
La seule âme rencontrée ce soir là dans Parc Séléné fût un cyclope qui courait dans l’eau du bassin du parc en décrivant des cercles et poussant des râlements d’effroi à la manière d’un fou pris dans un délire incontrôlable qui tenterait en vain de cueillir l’eau à travers les nénuphars, sous la mince couche de brume venue se déposer sur les eaux calmes.
Il plongeait sa main frénétiquement et aléatoirement dans l’eau glacée, la ressortant toujours vide, ce qui ajoutait à sa panique. Il espérait en fait retrouver les fragements de son oeil qui avait éclaté sous l’impact de l’énergie de notre amour souvent qualifié de contre-nature mais si pur et si passionné.
Le cyclope semblait disparaître tranquilement, comme si il s’enfonçait dans l’eau opaque du bassin au rythme de son mouvement orbital hystérique.
Nous nous éloignâmes de lui, amoureux et hermétiques, le laissant à sa quête aveugle plus sombre encore que le ciel sans étoiles de cette nuit de pleine-lune invisible.
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1er juin 2008.
Nous sommes retournés dans Parc Séléné en plein jour. Le cyclope n’y était plus mais dans le bassin d’eau nageaient autour d’une pierre ronde et blanche en décrivant des cercles nerveusement, des dizaines de poissons n’ayant qu’un seul oeil.


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